Aujourd'hui

Publié le par Soline

Aujourd'hui

Aujourd'hui ma fille s'est installée sur son lit, a ouvert son cahier de mathématiques, relu ses cours et fait quelques exercices.
Rien que de très normal à deux mois d'un bac S me direz-vous!


Sauf que ce qui est normal pour certains peut avoir des allures d'exploit pour d’autres.
Manger aussi, c'est naturel. Et pourtant elle est entourée de jeunes filles, qui n'y arrivent plus.

Qu'est-ce qui fait qu'un jour le normal devient obstacle? Que ces jeunes filles ne se nourrissent plus? Que ma fille, si scolaire de l'avis de tous, n'arrive plus à ouvrir un livre de cours? Que l'idée même d'aller au lycée la rende malade? A un point tel que cela envahisse tout, que le moindre geste quotidien ne devienne un effort, que toute envie, tout plaisir ait disparu?

Qu'est ce qui fait q'un jour se battre contre au quotidien devienne tellement difficile pour certaines personnes qu'elles préfèrent arrêter? Par chance, ma miss sait que la vie est précieuse malgré tout, et que surtout elle nous aurait plongé dans de trop grandes souffrances en commettant l'irréparable. Alors, elle a demandé de l'aide, et suivi l'avis des médecins qui préconisaient une hospitalisation.


Cela fait plus de trois mois qu'elle vit donc à l’hôpital, pour se relever d'un burn out et d'une phobie scolaire. Trois mois difficiles, lourds de questions, de culpabilité (oui on l'a vu venir, oui on en a tenu compte, non, on n'a pas réussi à l’endiguer),

Trois mois concrètement difficiles à gérer, le vide laissé étant aussi important que le temps passé à courir, entre visites et entretiens à l’hôpital. Trois mois à essayer de gérer le post bac, au cas où, pour quelqu'un qui ne peut travailler et qui n'est pas là pour remplir les dossiers. Fastoche! Trois mois de très grande solitude aussi, parce que les proches ne savent pas quoi dire (et moi pas répondre à leur questions: non ça ne va pas bien, non on ne sait pas quand elle sortira, ni si elle passera son bac ...), parce que chacun a sa vie bien remplie aussi.

Trois mois à apprendre à profiter du moment présent, des rares moments partagés (maintenant des week-ends entiers à la maison) à ne plus perdre du temps pour autre chose, juste être ensemble. Vivre, sans trop se poser de questions, puisque l'on n'a de toute façon pas les réponses! Se dire qu'il y a des cas plus grave, qu'elle est encore là, Elle.

Et puis se réjouir. Parce qu'aujourd'hui ma fille a ouvert son cahier de math.
Parce que ce n'est rien à première vue, mais que c'est en fait beaucoup!
Le chemin est encore long bien sûr, rien n'est gagné, mais elle est maintenant SUR le chemin!

Dessin de La Miss sur le thème de la route intérieure. Possibilité de cliquer dessus pour mieux voir car ça se bouscule là dedans ;-)

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viginie 18/05/2016 11:28

peut etre qu'en serrant les fesses jusqu'au bac ça passera et qu'ensuite elle trouvera un vrai chemin qui la motive, la stimule, lui corresponde mieux... mais d'ici là bon courage, pas facile tout ça...

virevolte 27/04/2016 16:17

Aie ! je vois que vous êtes passés par de nouvelles épreuves ! je vois la vie autrement maintenant, tu verras pourquoi sur mon blog, j'essaie de moins me prendre la tête, ma fille n'est pas scolaire du tout, elle a eu son bac par miracle ;) et là, ben, elle ne sait pas ce qu'elle veut faire, elle a repiqué sa première année à la fac, fac d'art !!! mais que va t'elle bien pourvoir faire avec cette orientation ! ;) Ben, honnêtement, aujourd'hui, je ne me pose plus trop de questions, elle va bien, elle est heureuse, c'est ce qui compte, pour l'avenir, on verra bien, de toute façon elle ne se retrouvera pas à la rue, elle a un toit et je pense qu'un jour elle voudra un peu de liberté et me quitter, alors on verra bien .... ;)
L'oeuvre de ta fille est très jolie, c'est la tourmente mais au moins elle l'exprime !
je crois qu'on met trop la pression sur nos enfants et puis on a le don de les angoisser aussi ! ;)

Zozosteo 25/04/2016 21:44

L'œuvre de ta fille est magnifique. J'espère que ce parcours si douloureux trouvera une issue, comme cela semble se dessiner (quel mauvais jeu de mot!). Ta fille est formidable, qu'elle n'en doute jamais!